
Le bassin du Congo, qui abrite l’un des plus grands écosystèmes de forêt tropicale au monde, joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial et la conservation de la biodiversité. Les peuples autochtones et les communautés locales sont depuis longtemps les principaux gardiens de ces territoires : ils assurent la pérennité des forêts, protègent la biodiversité et préservent des systèmes de connaissances ancrés dans des générations d’expérience vécue.
Au cours des quatre dernières années, le partenariat entre REPALEAC, Rights and Resources Initiative et CLARIFI a eu un impact tangible dans toute la région. Les partenaires ont amélioré la sécurité foncière sur environ 1,4 million d’hectares et renforcé les systèmes de gouvernance sur 17,36 millions d’hectares au Gabon, en République démocratique du Congo et en République du Congo. Cela inclut des avancées en matière de suivi de la conservation fondé sur les droits, de formation des communautés et de soutien aux moyens de subsistance.
S'appuyant sur ces acquis, le partenariat fait également progresser la « Vision 2030 » du REPALEAC ainsi que des objectifs régionaux plus larges en matière de plaidoyer. D’ici 2030, l’objectif est clair. Les peuples autochtones et les communautés locales du bassin du Congo doivent être pleinement reconnus et soutenus grâce à des partenariats coordonnés et à un financement durable qui garantissent leurs droits et produisent des résultats en matière de climat et de biodiversité. Cela implique notamment de garantir les droits fonciers sur 6 millions d’hectares supplémentaires et d’étendre le soutien à la gouvernance aux communautés de l’ensemble du bassin. Pour atteindre cet objectif, il faut des investissements plus importants et plus diversifiés de la part des bailleurs de fonds, en accordant une attention particulière au soutien direct aux organisations dirigées par des femmes et des jeunes.
C'est cette vision à long terme qui a présidé à l'organisation récente de la rencontre intitulée «Un bassin, une vision : la voie du bassin du Congo vers les droits, les moyens de subsistance et l'impact à l'horizon 2030 », qui s'est tenue à Kinshasa. Co-organisée par RRI, CLARIFI et REPALEAC, cette rencontre a permis de faire le point sur plus d'une décennie d'engagement collectif dans la région, marquée par un plaidoyer soutenu en faveur de la réforme juridique dans des contextes politiques complexes.
La rencontre s'est ouverte les 9 et 10 mars 2026 par un échange régional de connaissances entre les partenaires du projet CLARIFI actifs dans l'ensemble du bassin. Les participants ont comparé leurs approches en matière de mise en œuvre des projets, discutant à la fois des avancées réalisées et des défis persistants, avec des échanges axés sur le renforcement organisationnel, les initiatives menées par des femmes et l'apprentissage entre pairs.
Dans le cadre de cet échange, les partenaires ont également partagé des enseignements tirés de leur travail quotidien lors d'une table ronde animée par Deborah Sanchez, directrice de CLARIFI. Ces réflexions ont mis en lumière ce qu'il faut pour mettre en pratique ces principes sur le terrain. Parmi les principaux enseignements, on peut citer :
1. Les procédures de consentement libre, préalable et éclairé, associées à une gestion rigoureuse des conflits, sont essentielles pour préserver la cohésion communautaire pendant et après la mise en œuvre des projets.
2. La collaboration avec les autorités politiques, administratives et traditionnelles renforce la mobilisation, le plaidoyer et la mise en œuvre.
3. Impliquer les communautés voisines permet de prévenir les conflits et favorise la durabilité à long terme.
4. L'utilisation des langues locales favorise la compréhension, la participation et un consentement éclairé.
5. La transparence et la communication claire d'informations renforcent la confiance entre les communautés et les parties prenantes.
6. Les points de contact locaux jouent un rôle essentiel pour garantir l'accès et la continuité dans les zones reculées.
7. Les projets qui répondent aux priorités de la communauté suscitent un sentiment d'appropriation plus fort et un soutien à long terme.
8. La collaboration entre les différentes parties prenantes renforce l'impact et crée de précieuses synergies.
9. La flexibilité et une planification adaptative sont essentielles dans des contextes instables ou en évolution rapide.
10. L'inclusion de genre nécessite une communication délibérée et inclusive afin de garantir un large soutien de la communauté.
11. Les outils participatifs, tels que la cartographie communautaire, permettent de concevoir des interventions réalistes et adaptées au contexte local.
Cet échange a également permis de cerner des priorités communes et de formuler des recommandations concrètes pour les travaux à venir. Un enseignement essentiel s'en est dégagé : il n'existe pas de modèle universel. Les progrès dépendent de la capacité à s'adapter aux contextes locaux, à instaurer la confiance au fil du temps et à soutenir un leadership qui reflète la diversité des communautés.
Les discussions ont également porté sur les mécanismes de coordination régionale, les participants cherchant à déterminer comment mieux harmoniser les efforts, renforcer les partenariats et mettre au point des stratégies de financement garantissant que les ressources parviennent effectivement aux peuples autochtones et aux communautés locales du bassin du Congo. Une table ronde dédiée, réunissant des bailleurs de fonds, a permis un dialogue ouvert et constructif sur l’amélioration de l’accès au financement, en mettant fortement l’accent sur l’accessibilité. Il est encourageant de constater que la discussion a mis en évidence l'émergence de plans concrets visant à respecter les engagements mondiaux en matière de financement des initiatives dans la région. Cela a renforcé un sentiment partagé à la fois de dynamique et de responsabilité.
Les 11 et 12 mars 2026, cette rencontre a dépassé le cadre des partenaires du CLARIFI pour rassembler des dirigeants des communautés autochtones et locales, des représentants gouvernementaux et des partenaires institutionnels de toute la région, afin de s'aligner sur une vision commune pour 2030. Le Forum sur le partenariat stratégique et les bailleurs de fonds a été l'occasion de dévoiler l'ambitieuse « Vision 2030 » du REPALEAC, qui vise à renforcer le leadership des communautés autochtones et locales dans toute la région.
Un message clair s'est dégagé des nombreux échanges qui ont eu lieu tout au long de la semaine : pour concrétiser les priorités communes en matière de conservation, de droits fonciers et de moyens de subsistance, il faudra traduire ces engagements en un financement durable, accessible et équitable destiné aux peuples autochtones et aux communautés locales.